05.03.2008
la métamorphose

« Lorsque Gregor Samsa s'éveilla un matin, au sortir de rêves agités, il se trouva dans son lit métamorphosé en un monstrueux insecte. Il reposait sur son dos qui était dur comme une cuirasse, et, en soulevant un peu la tête, il apercevait son ventre bombé, brun, divisé par des arceaux rigides, au sommet duquel la couverture du lit, sur le point de dégringoler tout à fait, ne se maintenait que d'extrême justesse. D'impuissance, ses nombreuses pattes, d'une minceur pitoyable par rapport au volume du reste, papillonnèrent devant ses yeux."
En effet, c’est une mutation en cancrelat qui survient inexplicablement chez Gregor du jour au lendemain, mais qui cruellement n’altère en rien ses facultés mentales et système sensoriel et donc son aptitude à souffrir. Cependant, cette métamorphose n’est pas uniquement physique. Bien que des détails morbides et répugnants nous soient livrés dans le texte sur l’apparence de Gregor, il n’y a pas une insistance réelle sur la dimension fantastique de cette transformation. D’ailleurs, personne, ni même Gregor ne semble véritablement intrigué par cet événement qui tout de même relève du surnaturel. Tout l'intérêt est au contraire porté sur la métamorphose dans les caractères et dans le regard des autres engendrée par la mutation physique du personnage. Par exemple, la soeur de Gregor, seul personnage à compatir avec lui, finit par prendre ses distances peu à peu et déclenche éventuellement sa chute. De la même façon, le père de famille, caractère faible et somnolent au départ prend de la puissance et manque de le tuer. Ainsi, Gregor, tout en évoluant progressivement en une bête horrible et répugnante subit parallèlement la transformation hostile des autres en silence.
Cette nouvelle est frappante par sa valeur allégorique ainsi que toutes les pistes d’interprétation qu’elle nous offre. Elle contient en effet un riche éventail de thèmes liés à la famille, l’affirmation de soi, l’ostracisme et le regard des autres. Il serait également interessant d'analyser les références intertextuels avec Le procès, réquisitoire de Kafka contre son propre père en ce qui concerne les rapports conflictuels entre Gregor et son père. Mais la piste la plus évidente dans ce livre est sans aucun doute une réflexion sur ce qu'entraîne une mise à l’écart qui résulte d'une différence physique dont on est pas responsable et malgré le dégoût que suscite Gregor la bête, on ne peut s'empêcher de compatir avec sa solitude et sa douleur liées au rejet de sa famille - et qui sera la véritable cause de sa perte.
07:59 Publié dans Littérature germanique | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : livre, littérature, kafka, métamorphose


