19.02.2009
Un hôpital pas comme les autres

Toby Litt est un écrivain britannique né en 1968 à Bedford. Merveilleusement inventif et audacieux, il ne cesse de nous impressionner en renouvelant le style, le genre et le décor de chaque nouveau roman. Un hôpital d’enfer (Phébus, 2008), son dernier livre traduit en français nous offre une vision surréaliste du monde hospitalier, avec ses personnages déjantés et une intrigue diaboliquement haletante. Vous l’aurez compris : il ne s’agit pas d’un simple récit de la vie à l’hôpital.
Pourtant, tout commence plutôt bien, dans une ambiance très « Urgences ». Nous découvrons l’histoire d’amour platonique d’une infirmière, des rivalités entre collègues, et des micro histoires sur les patients qui n’ont rien de surprenant. Toutefois, au fur et à mesure que la narration progresse, les masques commencent à tomber : certains médecins se révèlent être des satanistes, les infirmières nymphomanes, les brancardiers adeptes du vaudou etc. Après une séance de messe noire, célébrée en même temps qu’un rite vaudou, des événements étranges se produisent et plongent l’hôpital dans un chaos. Un épais brouillard encercle le bâtiment, des patients guérissent miraculeusement et des morts ressuscitent. Toby Litt pousse même cette fantaisie un peu plus loin : La viande mangée plus tôt s’extirpe des côtes brisées pour se transformer en vaches, poulets, cochons (voire chiens et chats). De la même manière, les organes exposés dans les bocaux de la morgue reprennent leur forme d'origine, à l’instar de tout autre organisme capable de contenir la vie...
De rebondissements en rebondissements, Toby Litt nous entraîne ainsi dans une langue simple, fluide qui tranche avec la richesse allégorique de son histoire. Que ce soit les noms des personnages (le sinistre médecin légiste Dexter Von Sinistre; Honey Hopeful, la sage-femme qui apporte de l’espoir, etc.) ou chaque événement du récit, tout a un double signification. Toujours dans cette même perspective d’élargir le sens du livre, l’auteur maintient un suspense interminable tout au long du roman, qui se prolonge même après la lecture. En effet, les interprétations du récit et de son dénouement sont multiples, et il appartient au lecteur de les déchiffrer.
S’agit-il des déboires de la National Health Service ? Ou le rêve d’un des patients dans le coma (comme nous le suggère le sous-titre du livre en anglais « a dream vision ») ? Ou est-ce tout simplement notre propre cauchemar que nous visualisons en lisant ce roman ? ( je m'adresse là à tous ceux qui ont une phobie de l’hôpital comme moi). En tout cas, après avoir lu ce livre d'enfer, vous ne revisiterez plus l’hôpital de la même manière !
Extrait:
Steele se pencha pour regarder sous le brouillard fantôme – et tomba sur la chose la plus grotesque qu’il ait jamais vue de sa vie. Incapable, pour quelque raison, de se déplacer normalement, un pas après l’autre, la femme se tenait le dos arqué, à quatre pattes, comme quelqu’un qui tricherait en dansant au Limbo, en s’appuyant sur le dos. Son ventre toujours énorme pointait vers le plafond, tout secoué de coups, comme la carapace d’une tortue géante de Galapagos. Elle était nue, des veines bleues parcouraient sa peau comme la moisissure d’un fromage de Stilton, et ses longs cheveux balayaient le sol derrière elle telle une queue. Mais, plus étrange encore, la tête du bébé à demi né sortait d’entre ses cuisses – les yeux grands ouverts, regardant droit devant lui ; il évoquait un conducteur de tank...
16:05 Publié dans Assises Internationales du Roman 2009, Littérature anglaise, littérature contemporaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : toby litt, villa gillet
05.05.2008
Les Disparus: Un nouveau prisme pour voir la Shoah

Voici un livre dont on parle beaucoup en ce moment dans la presse, et pour cause: l'auteur sera présent fin Mai aux Assises Internationales du Roman à Lyon pour une table ronde ayant pour thème "Le secret des origines: Faire la lumière." Écrit en 2006 par Daniel Mendelsohn, Les Disparus s’intègre dans la Littérature de la Shoah déjà fort riche avec des écrivains comme Elie Wiesel, ou encore Primo Levi pour ne citer que ces deux grands noms. Daniel Mendelsohn a toutefois réussi à imposer une œuvre gigantesque et bouleversante, en renouvelant la façon d'écrire sur la Shoah et en réinventant la forme du roman.
Loin d’adopter une perspective autobiographique qui serait celle d’une victime réelle de la Shoah ou encore d’écrire un roman historique qui mêlerait fiction et vérité factuelle comme l’a fait Georges Perec, Daniel Mendelsohn explore cette période de l’Histoire à la manière d'une enquête documentaire factuelle. Après des années de pérégrinations dans le monde entier à la recherche de six personnes de sa famille qui ont disparu entre 1941 et 1943, il nous livre le récit poignant de cette quête des origines, qui a pour toile de fond la tragédie de la seconde guerre mondiale.
Dans Les Disparus, Daniel Mendelsohn bouleverse la façon d'écrire sur la Shoah. Dans la même lignée d'Austerlitz de Sebald, son récit n'est pas axé sur l'Histoire, mais s'articule autour de la famille. Il utilise la focale intime de la microhistoire, qui, à l'exemple de la fresque historique est capable de refléter la Shoah dans son ensemble. A travers les témoignages des survivants qu'il recueille en Ukraine, Australie, Israel etc, c'est tout un kaléidoscope du plus grand crime de l'Histoire qu'on voit défiler sous nos yeux. Ce sont autant de témoins qui sont sauvés de l'oubli. La perspective religieuse est également un facteur innovant dans son livre car elle réfracte le sens du texte, lui donne une plus haute signification et pousse le lecteur à réfléchir constamment sur des questions plus abstraites. Autre originalité de ce livre est le renversement que fait l'auteur du schéma manichéen qui oppose le bien au mal. Il nous démontre que le mal ne vient pas de là ou on pourrait le croire, autrement dit du régime nazi, mais plutôt de la population locale qui a aidé au massacre des Juifs à Bolechow en Pologne dans les années 1940.
Les Disparus nous offre ainsi un nouveau prisme pour voir la Shoah, plus intime et peut-être même beaucoup plus authentique, car parmi les six millions de disparus de la seconde guerre mondiale, Daniel Mendelsohn nous montre que chacun avait un nom, un visage et une vie. Ce n'est qu'en leur restituant leur identité perdue et leur sauvant de l'oubli et des généralités qu'on peut véritablement leur rendre hommage - ce qui constitue une nouvelle façon plus pertinente de se souvenir des victimes, et qui pourrait très bien se substituer à l'étouffant "devoir de mémoire."
16:24 Publié dans Littérature anglaise | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : livre
30.03.2008
La ferme des animaux

La ferme des animaux, sous l’aspect d’une fable animalière mettant en scène des bêtes dotées de parole et d’une capacité intellectuelle relative à leur espèce, est en réalité une analogie satirique de la révolution bolchévique, du régime stalinien et une dénonciation de toute société totalitaire. Possédant une valeur allégorique explicite, chaque animal de la ferme renvoie à un personnage historique réel, une classe du peuple ou un concept générique plus vaste. Par exemple, Sage l’Ancien, un cochon de treize ans est une caricature hilarante de l’idéal communiste de Karl Marx. En chantant « Bêtes d’Angleterre » au début du texte, il fait souffler un vent révolutionnaire dans la ferme et appelle à une prise de conscience de la domination des hommes : les « deux pattes », ce qui conduit éventuellement à un soulèvement des animaux contre l’oppresseur et l’instauration d’une nouvelle société animale. Celle-ci comporte sept règles fondamentales, notamment l’exclusion définitive des hommes, l’interdiction de consommer de l’alcool et l’égalité entre tous les animaux.
Toutefois cette égalité est mise à mal lorsque la société se hiérarchise – les cochons et les chiens se hissant au sommet. A l’exemple même du régime Stalinien, fondé par un idéal collectif mais basculant par la suite dans un idéal personnel et autocratique, Napoléon, un des cochons révolutionnaires détourne « L’Animalisme », l’idéologie de la ferme et la fait sombrer dans une dictature. Tous les animaux, sauf les cochons et les chiens, sont ainsi poussés à construire un moulin, symbole du développement et du redressement de la ferme mais tombent par la même dans un semi-esclavage. Les sept règles sont également altérées ou bafouées par les cochons. Ainsi, non seulement ceux-ci adoptent un style de vie propre à l’homme, en couchant dans leur lit et en buvant de l’alcool, mais pire : ils finissent par collaborer avec eux et violent donc l'une des lois sacrées de la ferme. (Allusion de la collaboration entre Staline et Hitler.) En dépit de tous les crimes commis par leurs supérieurs, les animaux de la ferme restent cependant stoïques, se confortant dans l’idée que « la faim, les épreuves et les déboires, telle [est] à l’en croire, la loi inaltérable de la vie. »
La ferme des animaux est donc une vision du monde à la fois pessimiste et hilarant qui démontre les dangers derrière toute idéologie, aussi positive puisse-t-elle paraître au début. C’est un livre qu’on ne peut pas lire sans faire le parallèle historique avec le régime stalinien, mais également avec notre propre condition dans la société, notamment en ce qui concerne la notion de l’égalité entre tous. D’ailleurs, cette loi énoncée après le coup d’état des animaux se trouve altérée par la suite en : « Tous les animaux sont égaux, mais il y en a qui le sont plus que d’autres », démontrant que l’égalité entre les hommes est après tout –comme nous le savons tous – une notion tout-à-fait utopique.
16:28 Publié dans Littérature anglaise | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : la ferme des animaux, livre, george orwell, dictature
25.03.2008
La nuit: Une écriture de la révolte

Il y a des livres que vous lisez uniquement pour connaître l'auteur; d'autres par contraintes professionnelles ou scolaires, ou encore des livres lus avec nonchalance et oubliés aussitôt la lecture achevée. Puis il y a ces livres que vous lisez par curiosité et qui finissent par vous marquer à vie, comme c'est le cas pour La Nuit d'Elie Wiesel. Monument incontestable de la littérature de la Shoah, aux côtés du (Le) journal d’Anne Frank ou encore Un sac de billes de Joseph Joffo, La Nuit est un texte historique qui porte sur le génocide juif pendant la seconde guerre mondiale. Oeuvre entièrement autobiographique, l’auteur nous entraîne dans ses expériences concentrationnaires en 1945 lorsqu’il fut déporté avec toute sa famille d’un ghetto Hongrois à Auschwitz, là où il verra pour la dernière fois sa mère et sa petite soeur, puis à Buchenwald où il finira par perdre son père. Eléments innovants dans ce livre, la narration est axée en grande partie autour d’une longue description du travail forcé des déportés dans le camp de concentration et également "la terrible marche de la mort", un voyage de dix jours et de dix nuits dans le froid hivernal, pendant lequel la neige était la seule alimentation des déportés.
L’écriture est crue, brut, chargée d’émotions et il est impossible de rester insensible au récit et de ne pas éprouver comme le narrateur une indignation contre Dieu, l’éternel absent, mais également une révolte contre l’indifférence de l’humanité à ce massacre. Mention est faite lors de l’épisode où des ouvriers allemands lancent des morceaux de pain aux prisonniers affamés dans leurs wagons uniquement pour observer avec une fascination malsaine les luttes bestiales qui s'ensuivent. Aveuglé par la faim, un fils finira par tuer son père avant d'être massacré à son tour par les autres. De la même façon, pendant la marche de la mort, un autre homme avait délibérément abandonné son père ou encore dans le camp d’Auschwitz un enfant tabassait sans pitié son propre père. L’auteur s’insurge contre cette humanité aliénée, lâche, bestiale qui perd ses valeurs, et qui se laisse emporter par ses instincts les plus vils et bas et dont lui-même n’a pu en échapper. En effet, La nuit est avant tout un cri de révolte contre soi, cri de culpabilité de l’auteur d’avoir survécu en sacrifiant son père à Buchenwald :
Je me revois pendant cette nuit-là, l’une des plus accablantes de ma vie :
« Leizer (...), mon fils, viens...Je veux te dire quelque chose... A toi seul... Viens, ne me laisse pas seul... Leizer »
J’ai entendu sa voix, saisi le sens de ses paroles et compris la dimension tragique de l’instant, mais je suis resté à ma place.
C’était son dernier voeu – m’avoir auprès de lui au moment de l’agonie, lorsque l'âme allait s’arracher à son corps meurtri – mais je ne l’ai pas exaucé.
J’avais peur.
Peur des coups.
Voilà pourquoi je suis resté sourd à ses pleurs.
(...)
J’ai laissé mon vieux père seul agoniser. Pire : j’étais fâché contre lui parce qu’il faisait du bruit, pleurait, provoquait les coups (...)
Je ne me le pardonnerai jamais. Jamais je ne pardonnerai au monde de m’y avoir acculé, d’avoir fait de moi un autre homme, d’avoir réveillé en moi le diable, l’esprit le plus bas, l’instinct le plus sauvage (...)
Sa dernière parole fut mon nom. Un appel. Et je n’ai pas répondu.
Ainsi, l’auteur écrit pour se faire pardonner, « pour ne pas devenir fou ou au contraire, pour le devenir et ainsi mieux comprendre la folie » et il dédie de ce fait ce livre à son père, mais également à sa mère et sa petite soeur disparues aussitôt leur arrivée à Auschwitz. La Nuit doit se lire comme un témoignage historique sur la seconde guerre mondiale, qui nous éclaire un peu plus sur la folie de ces hommes prêts à tout pour assouvir leur idéaux. Mais le livre nous plonge principalement dans l'intériorité de l’Homme, et nous démontre ses peurs et ses faiblesses qui se transforment peu à peu en lâcheté, afin de permettre au lecteur de le comprendre ou alors de le condamner.
11:14 Publié dans Littérature anglaise | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : livre, wiesel, shoah, littérature
13.03.2008
Histoires extraordinaires

Edgar Poe aime à agiter ses figures sur des fonds violâtres et verdâtres où se révèlent la phosphorescence de la pourriture et la senteur de forage. - Baudelaire.
On ne peut pas évoquer Edgar Allan Poe sans parler de Baudelaire et du rôle proéminent qu’il a joué dans la diffusion de ses nouvelles en France. Influencé lui-même par cette « pourriture » et ce « forage » de E. Poe, sa poésie en gardera des traces car traduire Poe a été un maillon essentiel dans son propre processus créatif. Tout en étant romancier, poète, dramaturge prolifique entres autres, E. Poe est surtout connu pour ses formes brèves, ses nouvelles empreintes de fantastique et d'horreur, et la théorie qu’il a développée autour de celles-ci : la fameuse théorie de l’effet selon laquelle tous les éléments d’une histoire courte doivent converger textuellement vers un « effet » unique, un niveau de paroxysme qui donnerait sens à tout le récit. Les Histoires extraordinaires, contes fantastiques traduits par Baudelaire, font partie de l’un de ses ouvrages les plus connus en France, écrits en 1856 et adaptés au cinéma par Jean Faurez en 1949.
Les histoires elles-même, treize au total, qualifiées par l’auteur « d’extraordinaires » (elles le sont) explorent chacune un univers différent : Il traite à la fois d’un sujet fantastique, policier (Double assassinat dans la rue Morgue) ; gothique (La Vérité sur le cas de M. Valdemar) ; mystique (Révélation magnétique) : logique ( La lettre volée) ; aventures (Le scarabée d’or) entre autres qui rompent la monotonie à la lecture. Toutefois, il arrive que la forme ruine le fond du récit comme c’est le cas pour Aventure d'un certain Hans Pfaall, dans laquelle les longues descriptions techniques, notamment sur le fonctionnement d’un ballon ont rendu la lecture pénible et insipide et enlevé la magie de l’histoire, qui pourtant est réellement palpitante. D'autres au contraire nous laissent un peu sur notre faim en se terminant brusquement (Manuscrit trouvé dans une bouteille) et inutile de chercher le point culminant, « l’effet » car il n’y en a pas. Idem pour « Ligeia », qu’on préfère tout simplement ignorer, probablement parce qu’on l’aborde dans un état d’exténuation mentale suite à la lecture des onze premiers textes.
Malgré tout, certaines nouvelles m’ont laissé une impression plutôt positive, et j’ai été enchantée de retrouver l’atmosphère de L’île au trésor de Robert Louis Stevenson dans Le scarabée d’or, qui mêle un univers de pirate, de message mystérieux et de trésors cachés et qui est sans aucun doute la nouvelle que je préfère le plus dans cette collection. Toutefois, d’un point de vue strictement littéraire, l’oeuvre de E. Poe reste une source inépuisable pour étudier Baudelaire lui-même et les influences qu’il a pu avoir sur d’autres grands auteurs comme William Faulkner, dont je vous parlerai très prochainement.
18:30 Publié dans Littérature anglaise | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poe, fantastique
01.03.2008
Les pages de notre amour (The notebook)

« Je suis un homme ordinaire, aux idées ordinaires, et j’ai mené une existence ordinaire. Aucun monument ne sera élevé à ma mémoire, et mon nom sera vite oublié. Mais j’ai aimé un être de tout mon coeur, de toute mon âme. Et, pour moi, cela suffit à remplir une vie. »
Véritable hymne de l’amour pur et éternel entre Allie et Noah dans l'Amérique des années 40, ce beau livre de Nicholas Sparks, bestseller mondial nous entraîne dans un univers passionnant, émouvant, hors du commun. Séparés à cause de leur différence sociale, Allie et Noah ne cesseront jamais de s’aimer et leur amour, sous l'apparence d'une idylle de jeunesse, renait bien des années plus tard lorsque les deux se réunissent à nouveau. Récit construit en deux temps : le temps de la narration et le récit rétrospectif, nous avons une évolution des deux personnages, depuis leur adolescence, leur vie d’adulte, jusqu’à leur vieillesse. Ce livre, bien que n’ayant pas de valeur esthétique et littéraire pure aborde néanmoins des thèmes frappants qui ne laissent pas indifférent. Au début des premières pages, l’histoire s’apparente certes à un Harlequin classique, avec une très forte idéalisation des sentiments amoureux et une insistance sur le physique parfait des deux personnages qui devient même lassant quelques fois, mais c’est au fur et à mesure de la lecture qu’on découvre la profondeur de ce récit : L’amour, le vrai, le premier ne s’oublie jamais et peut tout vaincre. Belle leçon sur la vie et le sens que chacun d'entre nous pouvons lui donner dans un monde ou nos belles valeurs se désagrègent et ou l’amour semble quasi-existant.
10:56 Publié dans Littérature anglaise | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : amour
25.02.2008
Le vieil homme et la mer

Étonnant de voir comment un livre aussi petit peut avoir une force expressive aussi vaste. Hemingway, en jouant sur le minimalisme, dans un univers renfermé qui se limite à une barque, un vieil homme, un espadon et l’immensité de la mer, parvient tout de même à peindre la condition humaine avec un réalisme époustouflant. Le vieil homme et la mer a une intrigue infiniment simple mais contient des thèmes très variés et complexes comme l’humilité, la force de l’homme, la quête de soi et le sens de la vie entre autres, et elle est racontée par un narrateur extra-diégétique qui toutefois laisse une large place à la parole et aux monologues du vieil homme. Il s’agit de l’histoire de Santiago, vieux pêcheur qui, las d'être traité de Salao, c’est-à-dire de malchanceux à cause de ses pêches infructueuses, décide de prendre le large et capture pour la première fois de sa vie un énorme espadon, et le récit se construit autour du duel entre le poisson et l’homme pendant ses longues journées en mer jusqu’à son retour final.
Ce roman a également une grande force symbolique. La mer par exemple est présentée comme une amie et incarne en quelque sorte la vie elle-même. Elle est peuplée de toutes sortes de créatures, des plus petites au plus immenses, des plus affectueux aux plus dangereux. Elle fait surgir des sentiments contradictoires : amour, haine, lassitude, de sorte que tantôt le pêcheur considère l’espadon comme un adversaire et tantôt comme un frère avec lequel il sympathise. Les requins quant à eux représentent les dangers de la vie, contre lesquels le pêcheur luttera sans relâche jusqu’à la fin avec un surprenant optimisme.
Formidable leçon de vie, Le vieil homme et la mer nous apprend à aimer la vie et nous aide à prendre conscience de la force qui existe en nous. Belle phrase à retenir qui résume le livre et nous éclaire sur le sens de notre vie: « Un homme, ça peut-être détruit, mais pas vaincu. »
17:38 Publié dans Littérature anglaise | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
19.02.2008
Voyages dans les ténèbres: Le choc de deux cultures

Hier, je vous ai présenté La ferme africaine de Karen Blixen pour parler entre autres du traitement de l’altérité et du choc des cultures entre Karen Blixen et les Kenyanes et que celle-ci vit relativement bien. Avec Voyage dans les ténèbres, nous avons cette fois-ci une vision inverse du voyage. Écrit en 1934 par Jean Rhys, celle-ci raconte sur un mode fictif la descente aux enfers d’Anna Morgan, qui à dix-sept ans a quitté ses Antilles natales pour l’Angleterre, un pays où elle peine à trouver sa place. Figurante dans une troupe de théâtre minable, elle vit d’expédients et est incapable d'acquérir une indépendance financière et une stabilité si nécessaires pour une bonne intégration dans un pays étranger. Elle tombe amoureuse de Walter, un homme beaucoup plus âgé qu’elle, qui l’entretient financièrement mais finit par la quitter sans prévenir. Cette rupture amoureuse amorce alors une chute progressive qui la conduit à l’abus d’alcool, la semi-prostitution et à un avortement.
Le voyage en Angleterre est un voyage forcé pour Anna. Celle-ci n’avait pas choisi de quitter ses Antilles et l’Angleterre apparaît donc comme un monde hostile dans lequel elle est en décalage constant. Le contact avec la nature anglaise est brutal et provoque une collision sensorielle dans les parfums, le climat et les couleurs chez le personnage. Le froid est un thème récurrent du roman et semble d’ailleurs influer sur ses humeurs et sa tristesse. A l’instar de ce climat hostile, les gens sont tout aussi froids et distants, et habituée à côtoyer les Noirs des Antilles, elle est troublée par ces « centaines de milliers de Blancs, de Blancs qui courent… » et qu’elle compare souvent à des cloportes. Par conséquent, elle préfère s’isoler et fuir leur compagnie dans le petit espace que constitue sa chambre.
Dans Voyage dans les ténèbres, Jean Rhys poursuit également la question des inégalités entre hommes et femmes dans la société, dans la même lignée des écrivains féminins de la première partie du vingtième siècle, telles que Virginia Woolf, Katherine Mansfield ou encore Dorothy Richardson. Dans ce roman, la domination de l’homme sur le sexe faible est un des thèmes phares du récit et c’est une domination d’ordre social, culturel, sexuel et intellectuel. Les femmes dans ce roman sont également réduites à des objets de consommation que les hommes achètent et c’est une des raisons qui pousse Anna à sombrer dans la prostitution. Ainsi, à l’inverse de Karen Blixen, Anna ne trouve pas sa place dans ce nouveau pays. Bien qu’elle soit blanche de peau, elle ne se reconnaît pas parmi les occidentaux mais aurait préféré avoir une peau noire comme celle des Antillais. Pourtant aux Antilles, elle était considérée comme une étrangère à cause de la couleur de sa peau, ce qui l'entraîne donc dans une profonde crise identitaire, qui vient rajouter à son état dépressif.
Stylistiquement, ce roman présente un grand intérêt dans son langage et aussi dans sa composition. L’écriture est en effet fortement dynamisée par une constante intrusion d’analepses dans la narration, ce qui nous permet donc de visionner les souvenirs de bonheur aux Antilles du personnage. C’est le seul lien, fugace certes, mais qui lui permet de préserver ses rapports avec son passé et qui empêche aussi le roman de sombrer dans de véritables ténèbres et dans une écriture sombre, lourde et plate. Bref, ce livre est particulièrement destiné aux jeunes filles qui sont souvent en perte de repères, mais également à tous ceux qui se passionnent comme moi pour les récits de voyage.
12:02 Publié dans Littérature anglaise | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note


