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03.03.2008

Il a jamais tué personne, mon papa

 

J’ai découvert ce livre complètement au hasard et ce sont très souvent les livres les moins connus, les plus simples qui laissent parfois une très grande impression après la lecture, comme c’est le cas pour Il a jamais tué personne, mon papa. A première vue, le titre m’a fortement interpellé. Serait-ce une faute de grammaire ? Ne devrait-on pas dire: « Il n’a jamais tué personne, mon papa ? »  Mais le titre est informel, hors du commun, et on comprend alors que ce n’est pas l’écrivain adulte Jean-Louis Fournier qui parle, bien que ce livre, écrit quelques années de cela seulement soit entièrement autobiographique. Il s’agit tout simplement d’un enfant d'une dizaine d'années, l’auteur lui-même qui fait un énorme bond dans le temps, à l’époque il a connu son père alcoolique et il écrit donc comme il l’aurait fait à cette époque là.

 

Véritable ovni de par la langue, la composition et le récit lui-même, ce livre échappe à toute possibilité de catégorisation. Ce n’est pas un roman, ni une nouvelle, ni un essai. Ou disons peut-être un roman un peu particulier dans son genre. Il n’y a pas d’intrigue, ni de transition entre les chapitres, mais une structure cohérente est néanmoins respectée par l’auteur. Ce sont en faite des petits chapitres d’une à deux pages qui se succèdent l’un après l’autre, et dans lesquels le narrateur développe une thématique liée à son enfance ou décrit une facette de son père, ou encore raconte avec beaucoup de naïveté un événement particulier qui l’a marqué. Par exemple : « Les souliers de papa », « Papa et une cliente timide », « On a perdu papa » entre autres qui comme le suggère ces titres, sont écrits avec beaucoup de naïveté et de tendresse. Le style de l’auteur est en effet très simple, anecdotique, drôle comme le serait celui d’un enfant, mais il garde néanmoins un caractère tragique, poignant, bouleversant qui est directement associé avec la question de l’alcoolisme qui hante ce livre.

 

L’auteur raconte en effet comment son papa, docteur atypique et très généreux ne demandait pas l’argent à ses patients, mais un verre et il "aimait boire un coup, plusieurs coups même" et aimait bien se suicider le dimanche. Quand il buvait trop, il menaçait de tuer sa femme, mais il ne l’a jamais fait, ce qui justifie le titre de ce livre. Alcoolique, mais pas pour autant méchant, ce père trop souvent absent a bouleversé la vie du jeune homme. Toutefois, loin de dramatiser le récit en l'accusant de lui avoir fait souffrir, le narrateur rend hommage à son père, qu’il a appris à comprendre au fil des années dans ce petit livre bouleversant qui se lit vite, très vite, mais qui laisse pendant longtemps un profond sentiment de tristesse.

 

Extrait : Papa, le soir.
 

On n’était jamais tranquilles avant le retour de papa. On se demandait toujours comment il allait être, c’était la surprise tous les soirs.

Avec l’habitude, on savait reconnaître, rien qu’au bruit qu’il faisait en rentrant, l’état dans lequel il était.

D’abord, on calculait le temps qu’il mettait pour entrer sa clé dans la serrure. Si ça durait longtemps, c’était mauvais signe. S’il n’arrivait pas à ouvrir et se mettait à dire des gros mots, il fallait s’attendre au pire et aller lui ouvrir.

Ensuite, à sa façon de tousser, on pouvait savoir s’il allait être méchant, amusant ou triste.

Papa, il disait tous les soirs qu’il avait bu que de l’Evian ou du Vittel, mais je voyais bien que maman, elle ne le croyait pas.

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Commentaires

Salut Shalinee, une fois de plus ton article donne envie de lire l'oeuvre que tu nous présente ! Bravo.

La Chronique du "Petit Nicolas" de Goscinny mais en plus mature et plus tragique ?

A+

Ecrit par : Jacques | 03.03.2008

Merci Jacques. J'avais entendu parler du "petit Nicolas" mais je n'ai jamais lu, mais ça doit être assez similaire. Je ne sais pas si c'est plus mature car regarde ce que j'ai trouvé sur le Web concernant le "petit Nicolas": "Le personnage, qui n'est que profilé en noir et blanc, nous livre ses pensées intimes pour ce qui est dans l'ensemble une analyse sociologique complexe de la société de son époque." Dans "Il a jamais tué personne, mon papa", il y a également une réflexion murie en filigrane dans le texte et derrière l'écriture de l'enfant. Bref, je suis curieuse de jeter un coup d'œil au "petit Nicholas". :p

A +

Ecrit par : shalinee | 03.03.2008

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