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23.02.2008
Un hiver à Majorque

George Sand est beaucoup plus célèbre pour ses récits champêtres : La petite fadette, La mare au diable, Francois le Champi que pour ses récits de voyage, notamment Lettres d’un voyageur et Un hiver à Majorque. Dans ce texte autobiographique, elle raconte le voyage qu’elle avait effectué entre 1837 et 1838 dans les Baléares avec ses enfants et Frédéric Chopin, son amant. L’accueil hostile que va leur réserver les Majorquins va profondément blesser la narratrice et c’est sur un ton incisif et accusateur qu’elle règle ses comptes trois années plus tard avec eux dans ce récit de voyage un peu particulier.
Au dix-neuvième siècle, les seuls motifs de déplacement pour les femmes étaient les pèlerinages, les cures de santé ou les grands tours culturels en groupe. Allégoriquement, elles représentent le sphère privé de Pénélope, qui fait et défait une tapisserie à longueur de journée, alors qu’Ulysses parcourt le monde et ce sera d’ailleurs une figure symbolique reprise par des théoriciens féministes des années plus tard. Le code napoléonien rendait aussi le voyage difficile pour les femmes car elles étaient sous l’autorité de leur mari et écrire un récit de voyage était donc tout naturellement considéré comme transgressif, surtout dans le cas de George Sand qui commettait une double effraction : celle de voyager sans son mari et la publication de ses expériences.
Dans Un hiver à Majorque, George Sand écrit au masculin et n’assume pas sa position de voyageuse au féminin, à l’inverse de Flora Tristan par exemple, qui, dans Pérégrinations d’une paria multiplie les textes préfaciels et affiche sa féminité avec provocation. Un hiver à Majorque est également un texte référentiel : Par exemple, elle ne désigne jamais Chopin mais dira : « L’un d’entre nous... » et elle s’abrite derrière les citations des autres auteurs ou scientifiques comme Byron, Rousseau et J.B.Laurens pour conforter ses analyses. Le « je » de la narratrice, bien présent dans le texte est non-énonciatif au départ et s’inscrit dans un retrait. Toutefois, étape par étape, son ton devient de plus en plus critique et incisif envers ce peuple étranger, peu agréable.
Certains passages dans ce roman sont très hilarants, surtout lorsqu’elle s’en prend sans concession aux coutumes des Majorquins, leurs maisons et habitudes. Toutefois, je l’ai trouvé peu tolérante quelque part, car il faut se rappeler que ce peuple n’était pas habitué au tourisme (George Sand était elle-même la première touriste de Majorque) et ceux-ci vivaient à cette époque sous le joug des espagnols qui leur dérobaient leurs richesses, ce qui explique donc leur hostilité aux étrangers. Toutefois, sans entrer dans cette question qui soulève bien des polémiques, à savoir si George Sand était raciste ou pas, ce texte reste l’un des plus accomplis de l’auteur qui nous propose une bonne réflexion sur les récits de voyage au féminin au dix-neuvième siècle.
20:45 Publié dans Littérature du 19ème siècle | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note



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