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21.02.2008
Calaferte: La colère en Littérature
La colère est une notion psychologique, philosophique, phénoménologique et il existe une véritable illiade de la colère en Littérature du vingtième siècle avec de nombreux auteurs comme Paul Nizan, et son procès contre la fabrique des intellectuels dans Aden Arabie ; Antonin Artaud et sa haine de l’origine et de soi dans Pour en finir avec le jugement de Dieu ; Bernanos et sa rhétorique de la colère politique et morale dans Les enfants humiliés ou encore Calaferte, qui est l’un des écrivains qui toute sa vie a écrit sous l’empire de la colère. Son écriture crue, violente et sans concession dépasse tous les codes formels de la littérature, ce qui fait de lui un des écrivains décalés que je préfère le plus dans mon panthéon littéraire.
Requiem des Innocents, le premier grand succès de Calaferte en 1952 est avant tout l'expression d'une colère éruptive contre le cycle infernal de la misère, l'exclusion et qui transparaît dans chaque mot de l'auteur. Sous l’allure d’une autobiographie, il raconte les années de son enfance dans un quartier misérable de Lyon : « la Zone », un lieu de non-droit qui échappe à tout contrôle et ou le crime, la corruption et les bas instincts font partie du paysage quotidien des habitants. Malgré un « Je » autobiographique omniprésent dans le texte et que le narrateur se désigne lui-même comme « Calaferte », il s’agit paradoxalement d’une fiction, bien que les portraits que dresse l’auteur des personnages soient saisissants et empreints de réalisme.

Dans c’est la guerre, les événements de la seconde guerre mondiale sont filtrés à travers le regard d’un enfant de onze ans qui raconte les souvenirs de cette époque avec naïveté dans les premières pages, puis avec plus de lucidité au fur et à mesure qu’on avance dans le temps et dans le texte. Ce roman progresse de façon chronologique et historique : l’incipit commence avec l’Occupation et nous avons toutes les étapes successives jusqu’à la libération par les Américains dans l’excipit. Toutefois, ce texte n’obéit pas aux règles de composition d’un roman, car au lieu d’une segmentation habituelle en chapitre, des petits fragments de texte se juxtaposent comme des tableaux visuels et peuvent être constitués d’une ligne ou alors de plusieurs pages, ce qui facilite réellement la lecture. L’auteur insiste sur des mots, des phrases, les répète, les oublie puis les reprend à nouveau pour leur donner plus de force expressive dans le texte,et surtout pour choquer. La colère est omniprésente, colère contre ceux qui ont collaboré avec cette guerre, mais colère aussi contre les institutions, la corruption et l’indifférence des gens.
Sur un thème plus léger, La mécanique des femmes respecte la même structure que C’est la guerre, mais aborde un thème plus tabou : la sexualité des femmes. Ici, une cinquantaine d’entre elles : jeunes filles, femmes mariées, prostituées entre autres racontent leurs fantasmes et leur sexualité sans pudeur ni retenue. Toutefois, bien que ce soit les femmes qui prennent la parole dans ce livre, on peut s’interroger sur le sens qu’il a, car s’agit-il réellement des fantasmes des femmes ou alors une projection des ceux de Calaferte lui-même, car les mêmes désirs et les mêmes pratiques se répètent de page en page presque comme une obsession de l’auteur.

Pour finir, j’ai choisi cet extrait archi culte de C’est la guerre, qui selon moi caractérise le plus le ton et le style de son écriture :
« Une jeune femme marche dans la rue .
Une traction avant noire s'arrête à sa hauteur.
Deux hommes en manteaux de cuir marron et en chapeaux sombres bondissent de la traction avant noire.
Un homme ceinture la jeune femme et lui bâillonne la bouche d’une main.
La jeune femme se débat.
Il la jette dans la traction avant noire.
Les portières claquent.
La traction avant noire démarre.
Les passants passent. »
15:21 Publié dans Littérature du 20ème siècle | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note




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